La balkanisation de l'Europe
En 1914, l'Europe se suicide.
En 1918, l'Empire d'Autriche-Hongrie, précurseur de l'Union Européenne, est démembré.
Un siècle plus tard, les pulsions suicidaires de l'Europe se perpétuent au travers des revendications séparatistes et du communautarisme.
"Ni les leçons de la crise financière de 2007, qui se sont traduites par une demande supplémentaire d'Etat et de régulation, ni les concessions politiques effectuées au gré des combinaisons partisanes n'ont pu endiguer ce flot mélangeant des aspirations légitimes et des pulsions populistes qui vont à l'encontre de la solidarité nationale. Autonomie, souveraineté, indépendance, la marche s'accompagne d'un faux romantisme qui a tôt fait de désigner l'Etat central comme un oppresseur resurgi d'un passé mythifié.
Version indépendantiste : les Catalans d'Espagne rêvent d'entraîner avec eux les Catalans français ; de quoi remettre en question le traité des Pyrénées de 1659 entre Louis XIV et Philippe IV d'Espagne, qui prévoit que « les monts Pyrénées qui avaient anciennement divisé les Gaules des Espagnes seront aussi dorénavant la division des deux mêmes royaumes ». Ces indépendantistes Catalans veulent donc au nom de l'histoire revenir avant le traité de 1659, qui lui même avait voulut revenir au découpage séculaire de l'administration romaine. Dans un parfait anachronisme, les Catalans remettent en cause la prise de Barcelone en 1714 par les troupes du roi d'Espagne Philippe V lors de la guerre de Succession d'Espagne, alors que les couronnes de Castille et de l'Aragon avaient fusionnées en 1479 suite au mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon.
Version nationaliste : la Hongrie accorde son passeport aux Magyars au-delà des frontières de l'Etat Hongrois ; c'est la contestation du traité de Trianon de 1920.
A l'inverse des mouvements migratoires, qui consistent à accueillir des populations d'origines étrangère, cette tendance endogame proclame la pureté des origines (Basques), s'appuie sur le retour du refoulé (Baltes), provoque le réveil des nationalismes (Magyars), privilégie les intérêts des régions les plus riches qui ne veulent plus payer pour les autres (Flamands, nord de l'Italie) et assure la promotion de petits ténors séparatistes sans envergure nationale, qui se trouvent ainsi une carrière toute tracée.Il faut respecter les particularismes, mais poussé à l'extrême, ce phénomène voudra qu'un individu soit rattaché à la collectivité selon ses origines, sa langue enfermée dans un ancien duché, sa communauté d'appartenance, sa religion spécifique.
Le défi européen selon Jean-Marc Ferry
Jean-Marc Ferry est titulaire de la chaire de philosophie de l'Europe à l'université de Nantes. site internet
Dans un article du Monde du 3 Avril 2012, Jean-Marc Ferry explique comment face au défi européen il faut sortir du chacun pour soi, en inventant la rigueur sans l'austérité, dans le cadre d'une politique économique européenne concertée.
L'Europe se trouve aux prises avec 3 problèmes majeurs :
1- Un problème de légitimation du projet européen
L'Europe s'est construite sur un instinct de survie au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mais avec la fin de la guerre froide, c'est comme si le motif de la construction européenne - assurer la paix - se serait effondré aec le mur de Berlin.
Au début du 21ème siècle, l'Union Européenne doit s'affirmer sur une nouvelle légitimité : domestiquer la mondialisation, enrayer le risque d'une subversion des Etats par les marchés, du politique par l'économique.
Face à la mondialisation, le rôle historique de l'Europe doit aller au-delà d'une simple adaptation économique (au modèle anglo-saxon), mais une reconquête politique (des idées, notamment en ce qui concerne un nouveau modèle de développement durable).
Face à l'immobilisme de l'Europe à 27, le leadership franco-allemand prend le risque d'imposer une europe neo-impériale, rejetée par les 25 autres partenaires. Jean-Marc Ferry propose une présidence européenne reposant sur une forte légitimité politique, lui donnant l'autorité nécessaire pour coordonner les politiques publiques des Etats membres.
2- Un problème de gouvernance économique dans la zone euro
La création de la zone Euro a eu les mêmes conséquences économiques sur les appareils productifs des Etats membres que l'adoption du Deutchmark par l'Allemagne de l'Est après la réunification. Une fois qu'il n'y a plus d'ajustements par les taux de change, c'est le coeur industriel de l'Europe qui renforce sa puissance et engendre des excédents commerciaux, alors les autres pays se désindustrialisent et sombrent dans le déficit commercial.
Au sein de la grande Allemagne, Berlin a organisé d'énormes transferts financiers vers les Landers de l'Est. Mais il aura fallut 20 ans, l'arrivée d'une nouvelle génération, pour que les Landers de l'ancienne Allemagne de l'Est puisse enfin sortir du marasme.
Contrairement à l'Allemagne, l'Union monétaire de la zone Euro n'a pas été assortie de dispositifs fermes quant à la coordination des politiques publiques. La puissance industrielle de la zone euro se concentre dans les pays les plus productifs du Nord, alors que les pays du Sud se spécialisent dans les services non exportables. En voie de désindustrialisation et une activité économique qui a pour seul moteur la demande intérieure, ces pays du Sud n'ont aucune raison d'être adeptes des politiques de l'offre.
Pour paraphraser Helmut Schmidt, les excédents du Nord sont bel et bien les déficits du Sud. C'est à dire que si tous les Etats de la zone Euro avaient fait la même politique de l'offre que l'Allemagne, la récession serait générale.
Comme pour l'unification allemande, la voie d'intégration européenne passe par une solidarité de ses Etats membres. Le retour aux équilibres internes des pays du Sud impose une restriction de la dépense. Mais cet effet écessif au Sud doit être compens par une relance de l'activité par la dépense au Nord, en consentant à des déficits budgétaires ajustés à des objectifs de reprise vers le Sud. c'est ainsi que la rigueur est possible sans impliquer l'austérité. Appartenir à une Union de plusieurs Etats offre l'opportunité de coordonner politique de ralance au Nord et politique de rigueur au Sud, qui pourra ainsi instaurer une discipline budgétaire sans pour autant propager la récession à l'ensemble de la zone Euro.
3- Un problème d'organisation des pouvoirs publics de l'Union Européenne.
Depuis le traité de Maastricht, l'Union Européenne donne l'avantage au Conseil sur la Commission.
Le Conseil a un problème de responsabilité politique. Plutôt que de consacrer le caractère gouvernemental du Conseil, avec un leadership franco-allemand, selon Jules Ferry il conviendrait de revenir à la méthode communautaire, en assurant à un président de l'UE la légitimité politique que lui permmette d'exercer un rôle de coordination incontestable. pour cela, l'autorité communautaire devrait recevoir l'onction d'un large collège électoral. Luc ferry imagine que chacun des 27 élise un candidat en congrès, que le parlement européen retienne 10 personnalités parmi les 27 "candidats"; qu'enfin le Conseil élise un président parmi les 10 retenus par le Parlement.
La commission un problème de légitimité.
Le parlement un problème de représentativité.
La régulation financière avance dans l'Union Européenne, alors qu'elle est bloquée par le Congrès aux USA.
Source : Le Monde du 17 Avril 2012 - "La régulation à la mode américaine" Anne Michel
Par bien des aspects, l'Europe est en avance sur les USA en termes de régulation et de supervision financières. Même si d'importants progrès restent à faire , l'Union Européenne a beaucoup réformé et encadré son système financier depuis 2007 :
- En se dotant de structures de supervision communes quand le contrôle reste éclaté entre de multiples entités outre-Atlantique.
- En se dotant de premières règles de contrôle des agences de notation quand les USA se contentent de les enregistrer.
- En rendant obligatoire l'utilisation de chambres de compensation centrales pour des produits dérivés dûment sélectionnés.
- En encadrant les bonus...
En 1933, il n'avait pas fallu 3 mois aux Américains pour s'accorde sur le texte du Bangking ACt, ou Glass-Steagall Actn qui interdit aux banques de dépôt d'exercer des activités de banque d'investissement.
A l'opposé, suite à la crise des subprimes de 2008, les réformes de l'administration Obama ont été bloquées par l'opposition des républicains et des lobbies financiers.
Les 4 modèles du socialisme européen
- Les Français incarnent un socialisme républicain, avec un Etat fort doté d'un rôle d'impulsion.
- Le modèle social-démocrate germanique et scandinave est fait d'Etat providence et de codirection de l'économie avec les syndicats.
- Le New Labour britannique a créé le social-libéralisme, où la puissance publique se borne à édicter des règles du jeu.
- Le socialisme méditerranéen a bâti un Etat protecteur tout en s'appuyant sur une culture historique de solidarités familiales.
Source : Henri Weber, Député Européen, dans l'Expansion de Septembre 2013
Le socialisme méditerranéen bâti sur un Etat protecteur tout en s'appuyant sur une culture historique de solidarités familiales a créé en Italie un écosystème favorable aux familles mafieuses qui ont gangrené un Etat vulnérable à la corruption.
Cci n'a pas été possible dans les pays du Nord beaucoup plus individualistes, où les dépenses publiques ont été fortement réduites au Royaume-Uni ou transparentes du fait de la cogestion avec les syndicats dans les pays germaniques et scandinaves.
Un Etat fort contient le développement des familles mafieuses en France, mais est fortement infiltré pas des réseaux occultes, où la hiérarchie clandestine de la franc-maçonnerie l'emporte sur la hiérarchie républicaine officielle dans les Institutions et les grandes entreprises publiques, sans parler de la corruption de politiques ou de notables, qui n'ont même pas conscience d'enfreindre le droit commun.
sources :
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